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    Carnet (neo)cartographique

    • sur [Book] Cartographic communication

      Posted: 7 February 2024, 4:35pm CET by Françoise Bahoken

      The ‘Geography and Demography’ section of the SCIENCES ISTE encyclopaedia, directed by Denise PUMAIN, has just published the english version [read a french of the post version here] of the volumes[1] dedicated to thematic cartography, a section coordinated by Prof. Colette CAUVIN-REYMOND (LIVE, CNRS, Université de Strasbourg).

      This new volume Cartographic communication is coordinated by Boris MERICSKAY (ESO, Université de Rennes 2). Its focuses on the function of communicating information by and through the contemporary map, which is often referred today as geovisualisation.

      Read the foreword on the publisher’s website

      This volume is composed of 7 chapters which, according to B. Mericskay, provide “keys to reading and understanding the issues involved in transmitting spatial information using maps in the digital age and on the Web. It deciphers the communicative uses and challenges of today’s maps and offers an overview of the issues of cartographic communication, graphic semiology and geovisualisation, drawing on theoretical, conceptual and methodological contributions from various fields of research“.

      Download the Table of contents

      Since a picture is worth a thousand words, the different chapters are presented below using a selection of cartographic documents or images, which are not necessarily representative of their entire content, given the richness of information they contain.

      Chapitre 1. Christine ZANIN – The Multiple Facets of the Cartographer: Communication between Rules and Attraction

      Chapitre 2. Laurent JÉGOU – Cartography as a Communication Tool: Thoughts on Models

      Chapitre 3. Nicolas LAMBERT, Timothée GIRAUD et Ronan YSEBAERT –  Communication Challenges in Reproducible Multi-representation

      Chapitre 4. Françoise BAHOKEN – Mapping Flows and Movements

      Chapitre 5. Matthieu NOUCHER – Cartographic Communication on the Geoweb: Between Maps and Data

      Chapitre 6. Boris MERICSKAY – Rethinking Cartography on the Geoweb: Principles, Tools and Modes of Representation

      Chapitre 7. Sidonie CHRISTOPHE – Geovisualization and Cartographic Communication: Style and Interaction

      May these [four] books help everyone [mapping specialists and non-specialists alike] to be aware of what they are producing and to use all these tools with discernment.”
      Prof. Colette Cauvin-Reymond, 2021.

      ____

      The illustrations shown are those selected (in the French version) by Boris Mericskay and published on his X/Twitter account here.

      ____

      [1] The other three volumes on cartography are devoted to 1) the history of cartography, 2) geographical information and cartography, and 3) the processing and cartography of geographical information.

       

      _____

      Références :
      Mericskay B. (coord.), 2021, Communication cartographique : sémiologie graphique, sémiotique et géovisualisation, © ISTE Editions 2021. Accéder

      Mericskay B. (coord.), 2024, Cartographic communication: graphic semiology, semiotics and Geovizualisation, © ISTE Editions 2021. Accéder

      Robinson, A.H. (1952). The look of maps. An examination of cartographic design. Thèse de doctorat, Université de Wisconsin, Madison.

      Robinson, A.H. (1953). Elements of cartography. Wiley, New York.

      Tobler, W.R. (1959). Automation and Cartography. The Geographical Review, 49(4), 526–534.

      Waldo Tobler (1966). L’automation dans la préparation des cartes thématiques. International Yearbook of Cartography, 6, pp.81-93, 1966.

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur Cartogrammer par points

      Posted: 5 February 2024, 12:04pm CET by Nicolas Lambert

      Pour comprendre les ressorts d’une carte, le mieux est probablement de jouer avec les différents paramètres qui sont utilisés pour produire l’image.

      L’application ci-dessous vous propose de découvrir des cartographies par points de données bien connues que sont la répartition de population du monde et de sa richesse. Les données statistiques ont été construites et mises librement à disposition par le projet Maddison, de l’Université de Groningen. L’information géographique provient de Natural Earth Data.

      Construire un cartogramme par points, consiste à jouer avec différents paramètres en fonction du type de carte.
      A vous de jouer !

      Exemple 1. Cartogramme par points  – version initiale.
      Population (POP) et du Produit intérieur brut (PIB/GDP)

      Radius = rayon d’un point
      Dots value (pop) = valeur d’un point (1-> n) pour les données de population
      Dots value (GDP) = valeur d’un point (1-> n) pour les données de PIB
      Span = portée spatiale (en km)
      Nb. d’interactions = nombre d’iterations

      Exemple 2. Cartogramme par points – version initiale combinée à une typologie
      – Répartition régionale du Produit intérieur brut (en millions)

      Radius = rayon d’un point
      Dots value (in billion) = valeur d’un point en millions (1-> n) pour les données de PIB
      Span = portée spatiale du semis
      Nb. d’iteractions = nombre d’itérations

       

      Billets liés :

      Bahoken F. & Lambert N. 2024, Le cartogramme par points
      Lambert N., 2023, Un cartogramme par points interactif sur le PIB et la POP mondiale.

      Bibliothèques

      Geoviz : Let’s design a “dot cartogram”
      BertinJS : dotcartogram

      Nicolas Lambert

      Ingénieur de recherche CNRS en sciences de l'information géographique. Membre de l'UMS RIATE et du réseau MIGREUROP / CNRS research engineer in geographical information sciences. Member of UMS RIATE and the MIGREUROP network.

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    • sur Le Cartogramme par points/The Dot Cartogram

      Posted: 31 January 2024, 7:27pm CET by Françoise Bahoken et Nicolas Lambert

      Des petits points, des petits points, encore des petits points … Souvenez-vous, on vous l’avait dit qu’on travaillait sur des points, des petits points, encore des petits points. Quelques années plus tard, l’article qui présente l’intégralité de ce travail est enfin paru, dans la revue Cybergéo [ici] et décliné en plusieurs formats. Il est disponible dans l’environnement Rstats [] permettant de reproduire l’ensemble des cartes publiées dans l’article, ainsi qu’en Javascript dans Observable : un cartogramme par points interactif et animé pour simplement jouer avec les paramètres est accessible sur un notebook [par ici] ; il est également implémenté dans les bibliothèques BertinJS [par là] et GeoViz []

      Le cartogramme par points, c’est une nouvelle carte qui appartient à la famille des “cartes par points” (dotmap) et à celle des “cartogrammes graphiques”. L’article dans Cybergéo présente la construction de la carte initiale : ses fondements théoriques, artistiques et ses héritages cartographiques, aussi celle de ses variantes qui conduisent à des cartes par points plus ou moins complexes, comme celle présentée en tête de billet. La version initiale de la carte avait été testée avec les données de la Covid-19 (voir), et  présentée dans l’article Cartographier la covid-19 : quelles narrations ?.

      Données d’illustration

      La mise en œuvre de ces différentes versions du cartogramme par points est proposée sur deux jeux de données libres : la population mondiale et le Produit intérieur brut mondial du Maddison Project Database (2018).

      Programmes reproductibles

      Différents programmes informatiques sont également fournis pour faciliter la prise en main et l’appropriation de la carte :
      > un programme R pour reproduire l’ensemble des cartes de l’article
      > une entrée Bertin.JS/dot-cartograms dans la bibliothèque JavaScript bertin
      > une entrée dans Geoviz/dot-cartogram dans la bibliothèque JavaScript
      > une carte interactive pour jouer à cartogrammer des points (notebook Observable)


      Références académiques :

      Françoise Bahoken et Nicolas Lambert, « Le cartogramme par points », Cybergeo: European Journal of Geography [En ligne], Cartography, Images, GIS, document 1059, Online since 18 January 2024, connection on 23 January 2024. URL : [https:] DOI : [https:]

       

      Travaux connexes

      Article

      Lambert Nicolas, 2021, “Cartographier la Covid-19 : quelles narrations ?”, RFST, Revue Francophone sur la Santé et les Territoires, [en ligne]. URL : [https:]]

      Billets liés :

      Lambert N., 2020, Cartographie(s) d’un débordement, Carnet de recherches Néocartographiques
      Bahoken F., Lambert N., 2021 programme R transformant des quantités aréales en densité de points
      Bahoken F. 2023, Le pointillisme dans l’art pictural et cartographique

      Bibliothèques

      Geoviz : Let’s design a “dot cartogram”
      BertinJS : dotcartogram

      Programmes informatiques et notebooks :

      Lambert N., Bahoken F., 2023, Le cartogramme par points – The Dot Cartogram
      Lambert N., 2023, Un cartogramme par points interactif sur le PIB mondial.
      Bahoken F., Lambert N., 2021, Un point c’est tout !
      Lambert N., 2021, Dot density map from countries (maillage irrégulier)
      Lambert N., 2021, Dotdensity-map (maillage régulier)

      Françoise Bahoken et Nicolas Lambert

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    • sur Cartographier pour le web avec bertin

      Posted: 22 December 2023, 8:42am CET by Nicolas Lambert

      Camarades cartographes, vous connaissez bien évidemment le célèbre Jacques Bertin. Mais connaissez-vous la bibliothèque bertin ?

      bertin.js est une bibliothèque JavaScript consacrée à la réalisation de cartes statistiques vectorielles dont le développement a débuté en novembre 2021. La bibliothèque a été nommée ainsi en hommage au géographe français Jacques Bertin (1918 – 2010) et ses travaux fondateurs sur la sémiologique graphique dont l’influence est aujourd’hui encore majeure dans le domaine de la visualisation de données. Néanmoins, la bibliothèque ne propose en aucun cas un décalque de la sémiologie graphique de Jacques Bertin, mais plutôt des méthodes de représentations classiques telles que présentées dans les différents manuels de cartographie. La bibliothèque repose sur de nombreuses dépendances open source, principalement liées à l’écosystème D3.js mais également sur des bibliothèques spatiales telles que jsts, turf et proj4js. Elle est publiée sous licence MIT. Un “wrapper” de cette bibliothèque est également disponible dans les langages R et Python.

      Explications ?

       

      Nicolas Lambert

      Ingénieur de recherche CNRS en sciences de l'information géographique. Membre de l'UMS RIATE et du réseau MIGREUROP / CNRS research engineer in geographical information sciences. Member of UMS RIATE and the MIGREUROP network.

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    • sur Observable pour les géographes

      Posted: 22 December 2023, 8:17am CET by Nicolas Lambert

      Camarades cartographes, vous la savez tous, de nombreux langages informatiques ont le vent en poupe pour faire de l’analyse de données et de la cartographie. On parle beaucoup de Python et de R. Il y a pourtant un autre candidat sérieux : le JavaScript. Certes, ce langage vieux de 30 ans n’a pas été inventé du tout dans ce but. Mais il dispose de nombreux avantages. Ce langage est mature. C’est le langage du web. Il est installé par défaut sur tous les ordinateurs et même sur les smartphones. La communauté est très grande. De nombreuses librairies permettent déjà de manipuler et représenter les données. Les performances sont aujourd’hui très bonnes.

      C’est de ce constat qu’est né ObservableHQ, une plateforme collaborative 100 % en ligne qui propose pour concevoir, partager et diffuser des visualisations de données interactives et exploratoires. Objectif : fédérer et faire collaborer une communauté autour de l’analyse et la visualisation de données. Dans ce tuto Mate-SHS, je présente en détail cette plateforme, les principes innovants sur lesquels elle repose et explique en quoi elle facilite l’exploration interactive de données. J’insiste particulièrement sur l’écosystème spatial de cet environnement prometteur en présentant plusieurs bibliothèques développée par le RIATE, dédiées à la manipulation et la représentation de données géographiques : bertin, geotoolbox et geoviz.

      Bon film !

      Nicolas Lambert

      Ingénieur de recherche CNRS en sciences de l'information géographique. Membre de l'UMS RIATE et du réseau MIGREUROP / CNRS research engineer in geographical information sciences. Member of UMS RIATE and the MIGREUROP network.

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    • sur L’échelle, sur une carte du monde

      Posted: 29 October 2023, 3:33pm CET by Françoise Bahoken et Nicolas Lambert
      Pourquoi est-il préférable de ne pas mettre d’échelle (géo)graphique sur une carte du monde ?

      Ce billet est une traduction en français et légèrement adaptée de l’expérimentation réalisée en anglais sur le sujet par Nicolas Lambert ; elle est par ailleurs accessible en version interactive ici

      Si l’ajout d’une barre d’échelle graphique sur les cartes est essentiel à l’échelle locale, il est très discutable à l’échelle globale. En effet, selon la projection choisie, la longueur de la barre est susceptible de varier en fonction de la latitude, de sorte que l’échelle n’a pas la même valeur en tous points de la carte.

      Voici un exemple, avec la projection de Mercator, qu’il n’est plus nécessaire de présenter tant ses altérations sont fortes de part et d’autre de l’équateur.

      Le même exercice réalisé sur une projection équirectangulaire, montre des variations similaires.

      Comment faire, si l’on souhaite ajouter (quand même) une échelle ?

      La solution consiste à dessiner la barre d’échelle correspondant à la longueur mesurée sur l’équateur qui sert de référence, en spécifiant qu’elle n’est valable qu’à cet emplacement. Si l’usage veut que l’échelle soit placée au lieu de sa mesure, il est cependant possible de la déplacer ; de la positionner automatiquement avec geoviz en utilisant l’argument translate.

       

       

      Françoise Bahoken et Nicolas Lambert

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    • sur Sur l’émergence de la statistique graphique ou la naissance d’une École française de la cartographie thématique

      Posted: 18 October 2023, 4:58pm CEST by Françoise Bahoken

      L’émergence de la statistique graphique est présentée ci-dessous dans l’objectif de montrer qu’elle correspond également – c’est mon point de vue personnel – à la naissance d’une véritable École française de la cartographie de données statistiques localisées (en abrégé cartographie statistique), souvent nommée cartographie thématique.

      « La statistique graphique est ainsi une sorte de langue universelle qui permet aux savants de tous les pays d’échanger librement leurs idées et leurs travaux au grand profit de la science elle-même. »
      Émile Cheysson.

      La statistique graphique, qui consiste à donner à voir sous une forme visuelle, graphique illustrée des données numériques ou le résultat de leurs traitements est entre autres le fait d’ingénieurs des travaux publics au XIXe siècle. Les grands maîtres de la géographie ne s’en sont pas préoccupés et lorsque ce fut le cas, ils adoptèrent une attitude méfiante face à cette nouvelle pratique associée à une géographie humaine. Vidal de la Blache a d’ailleurs déclaré à ce sujet que la géographie physique permet, elle au moins, « de ne jamais perdre contact avec la réalité ». Le ton était donné.

      Il faut dire que la statistique, considérée ici comme une science émergente, a d’emblée été controversée. Elle est accusée de produire des nombres qui, disait-on alors, « encombrent l’esprit plutôt que ne l’éveille ». La qualité des données n’était pas prouvée à une époque où les mesures étaient par ailleurs imprécises et incertaines. C’est d’ailleurs de là que découle le conseil donné en 1900 de Jean Bruhnes (1839-1930) de n’être jamais dupe d’un nombre ! Bruhnes était pourtant un célèbre géographe français, à l’origine d’une géographie humaine appréhendée comme une sciences de l’occupation du sol par des sociétés.

      Indépendamment de ces querelles universitaires, l’État français a vivement encouragé la production de graphiques, sous la forme de cartes et de diagrammes, pour illustrer les grands tableaux statistiques qui se multipliaient alors. Ces tableaux étaient soit de première main, pour être directement issus des recensements de la population sur différentes zones et des comptages du trafic sur des voies variées, et donc à impossibles à (se) les représenter dans leur globalité, soit de seconde main et élaborés pour présenter les résultats d’analyses d’une manière qui soit facilement compréhensible. Dans les deux cas, leur version graphique s’imposait.

      Source : Émile Cheysson (1883) Population en France et à l’Étranger (Réforme sociale, 1er juillet 1883).

      Plusieurs ingénieurs français se sont ainsi emparés de cette nouvelle approche graphique des données, qui témoigne de mon point de vue, de l’ouverture d’une école française de la cartographie. Certains auteurs tels Gilles Palsky ont d’ailleurs pu qualifier cette période d’âge d’or de la cartographie statistique tant elle fut foisonnante. C’est à ce moment que l’un d’entre eux, un dénommé La Serre, s’est vu confier la réalisation de douze cartes illustrant le trafic routier français (1856-1857). D’autres de ces ingénieurs vont également participer de cette épopée consistant à représenter des distributions de populations ou des données sur les « mouvements des transports » préalablement à la construction de grandes infrastructures (voies routières, ferroviaires, navigables et ports). Le plus connu d’entre eux est bien sur Charles-Joseph Minard (1781-1871), dont on rappelle qu’il introduisit à lui-seul, plusieurs éléments du langage cartographique.

      La France va dès lors se distinguer par une entreprise majeure fondée sur le développement d’un langage graphique associé au traitement de ces données, accompagné de l’introduction de modèles graphiques. Un Album de statistique graphique est en effet créé à la fin du XIXe siècle, par un arrêté du 12 Mars 1878 décidant. La responsabilité de cette publication annuelle en confiée au tout nouveau bureau dédié aux cartes et graphiques du Ministère des travaux publics. Ce bureau est dirigé par ingénieur en chef des ponts et chaussées, Émile Cheysson (1836-1910), directeur des cartes, plans et archives et de la statistique graphique, qui coordonnera la réalisation des différentes éditions de l’Album à compter de 1879.

      Pour Alain Desrosières, Cheysson est considéré comme le « représentant typique de cette dernière génération de statisticiens « amateurs » antérieure au XXe siècle. « Amateurs » ne signifie pas ici que cette activité soit peu sérieuse, mais non autonomisée en tant que telle. Bien qu’il ait frôlé quelques-unes des innovations majeures du siècle suivant, Cheysson est resté profondément tributaire de modes de pensée du XISe et même du xviiie siècle ».

      L’Album de statistique graphique va donc servir à mettre en place une cartographie d’État dominée par le langage politico-moral d’obédience catholique de l‘époque ; les principes de la représentation de données statistiques et le corpus méthodologique et technique y afférent (qui ne participent pas de l‘apport de Cheysson) sont parallèlement en construction. Ce contexte est magnifiquement décrit par Alain Desrosières, dans le chapitre 15 de son ouvrage sur la quantification de la sociologie, qu’il consacre à l’Ingénieur d’État et père de famille Émile Cheysson et la statistique.

      Édité en dix-sept volumes entre 1878 et 1899, l’Album est formé de deux types de planches : des planches de fondation publiées annuellement et des planches spéciales.

      Source : David Rumsey Historical Map Collection. [Accéder à la pleine résolution]

      Les planches de fondation portent sur les chemins de fer (Recettes brutes kilométriques ; Recettes nettes kilométriques ; Tonnage moyen de petite vitesse ; Mouvement moyen des voyageurs ; Recettes brutes des stations ; Tonnage et mouvement des voyageurs par station) et sur la navigation (Tonnages des voies navigables et des ports avec deux sous-catégories : une décomposition de ce tonnage en a) par courant de transport et en b) par nature des marchandises et un Chômage des voies navigables. Une note de bas de page précise la notion de courant de transport qui est d’usage en statistique et concerne le trafic intérieur, le transit, l’archivage ou l’expédition.

      Source : David Rumsey Historical Map Collection. [Accéder à la pleine résolution]

      Les planches spéciales concernent quant à elles des sujets variés, mais elles donnent souvent la part belle à la circulation par voie ferroviaire qui est majoritaire à l’époque en France.

      Les procédés de représentation mis en œuvre dans cet ouvrage sont de deux types : des diagrammes pour exprimer « la variation d’un fait dans le temps » et des cartogrammes, pour exprimer « ses variations dans l’espace ». Les diagrammes de l’époque présentent une forme généralement rectangulaire, parfois polaire, tandis que les cartogrammes, qui ne sont ni plus ni moins que des diagrammes placés sur un fond de carte, apparaissent plus sophistiqués.

      Source : David Rumsey Historical Map Collection. [Accéder à la pleine résolution]

       

      « Le cartogramme associe la géographie à la statistique et peint le fait à l’emplacement même où il s’est produit ».
      Émile Cheysson.

      Trois grandes familles de cartogrammes sont mobilisés dans l’Album de Statistique graphique.

      « le cartogramme à bandes » [ou carte de flux affectés sur réseaux décrivant le «  mouvement des transport », selon l’expression de Minard] où le fait est exprimé par une bande de largeur proportionnelle à son intensité le long de tracé de la voie qui lui sert de théâtre ;

      Source : David Rumsey Historical Map Collection.

      « le cartogramme à teintes dégradées » [ou carte choroplèthe], le plus connu, le plus populaire de tous. Il consiste en une carte géographique, dont les divisions régionales sont recouvertes de teintes nuancées suivant l’intensité du fait statistique à exprimer […]

      Source : David Rumsey Historical Map Collection.

      – « le cartogramme à foyer diagraphique ». Il combine le diagramme et le le cartogramme et comprend une série de diagrammes construits au chef-lieu de la circonscription qu’embrasse le fait considéré.[…] »


      Source : David Rumsey Historical Map Collection.

      C’est également à cette époque que les pictogrammes sont inventés. Gilles Palsky rapporte que Jacques Bertillon (1896, p. 143), le médecin (et statisticien) ayant participé aux Albums – et non le célèbre marchand de glace parisien – aurait dit que les pictogrammes « on s’en sert rarement, quoiqu’ils soient assez pittoresques. Par exemple, on peut représenter la production de blé en France à diverses époques par des piles de sacs de blé. De même on peut représenter la consommation de la bière par des bocks dont la hauteur est proportionnée à cette consommation. Tout cela est excellent pour l’enseignement ou pour une exposition universelle. Il va de soit qu’on ne s’en servira pas pour l’étude ».

      A la fin du XIXe siècle, les principaux principes de la construction graphique et cartographique – incluant les principes variables visuelles – sont posés (et oui, ce n’est pas J. Bertin qui inventa les variables visuelles, nous y reviendrons ici – billet suivant).

      D’après Émile Cheysson, « Cette méthode n’a pas seulement l’avantage de parler aux sens en même temps qu’à l’esprit, et de peindre aux yeux des faits et des lois qu’il serait difficile de découvrir dans de longs tableaux numériques. Elle a, de plus, le privilège d’échapper aux obstacles qui restreignent la facile diffusion des travaux scientifiques et qui tiennent à la diversité offerte par les différentes nations sous le rapport de leurs idiomes et de leurs systèmes de poids et mesures : ces obstacles sont inconnus au dessin. Un diagramme n’est pas allemand, anglais ou italien : tout le monde saisit immédiatement ses rapports de mesure, de surface ou de coloration »

      Ces principes deviennent rapidement si populaires que leur usage dépasse le cadre professionnel. Amateurs et férus de graphique en usent et abusent parfois sans discernement, leur mise en œuvre ne faisant pas l’objet d’analyses critiques. Émile Cheysson va d’ailleurs s’en émouvoir lorsqu’il présente l’Album en 1878 à l’Exposition universelle.

      Cheysson dénonce alors ce qu’il appelle la « confusion de langue » en ces termes.

      « Le moment viendra où la science sera tenue de poser des principes généraux et d’arrêter des types déterminés qui correspondront aux besoins de la pratique. On ne devrait pas tolérer plus longtemps cette sorte d’anarchie à laquelle nous assistons. La langue graphique attend sa grammaire et son Vaugelas ».

      Des statisticiens s’attacheront par la suite à essayer de formaliser cette pratique de la visualisation, de représentation, graphique des données, en multipliant les atlas …

      Références :

      Émile Cheysson (1878) Les méthodes de la statistique graphique à l’exposition universelle de 1878, Paris.

      Émile Cheysson (1886), La statistique géométrique. Méthode pour la solution des problèmes commerciaux et industriels, conférence faite au congrès de l’enseignement technique, industriel et commercial, Bordeaux, 24 septembre 1886.

      Alain Desrosières (1985), Émile Cheysson et la statistique, in Colloque Émile Cheysson, ingénieur social, Le Creusot, 26 janvier 1985.

      Alain Desrosières (2013), Chapitre 15. L’ingénieur d’État ou le père de famille : Émile Cheysson et la statistique, in : Pour une sociologie historique de la quantification. L’argument scientifique, Presses des Mines, Coll. Sciences sociales, p. 257-289

      Gilles Palsky (2004), Le calcul par l’oeil, in Jean-Paul Bord et Pierre Robert Baduel (dir.) Les cartes de la connaissance, Karthala-Urbama (p.p. 588-605)

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur Entre corps et espace (Jean-David Nkot)

      Posted: 28 September 2023, 8:08am CEST by Françoise Bahoken

      Jean-David Nkot est un brillant artiste plasticien camerounais né en 1989 à Douala, formé à l’Institut des Beaux arts de Foumban et installé à Douala, au Cameroun. Ce très exceptionnel artiste – bah, je dis ça parce que j’aime beaucoup son travail –  mobilise la carte et des éléments de la cartographie en support avant ou arrière de plusieurs de ses œuvres, liant deux mots-clés : corps et espace.

       Jean-David Nkot sur les frontières et les circulations

      Profondément humaniste, Jean David Nkot a dédié l’une de ses séries aux circulations humaines et non aux migrations (il se défend de s’intéresser aux migrations en tant que telles) dans le monde contemporain qu’il donne à voir en les questionnant, du point de vue de l’humain. Ce qui l’intéresse c’est la matérialisation par l’art de cet entre-deux vécut entre lieux d’origine et de destination et qui correspond au voyage dans son ensemble, c’est-à-dire aux moments de circulations mais aussi à ces temps de pause, d’arrêts, finalement à ce qu’il qualifie la « zone grise ».

      Ses œuvres montrent en effet des portraits des personnes noires, posant avec des cartes très prégnantes. Dans ce travail, la carte en elle-même ou des éléments de la conception cartographique sont une composante fondamentale de l’œuvre.

      Les éléments cartographiques sont ainsi placés soit en arrière-plan soit au premier plan par rapport au sujet principal soit incrustés sur celui-ci.

      Dans le premier cas, ces éléments sont des collages de sections de cartes réelles ou des bouts de carte fabriquées par l’auteur, des aplats, des points de repère. L’ensemble est toujours customisée pour servir le propos. En fonction de la position et de l’attitude du sujet, toujours évocatrice, les cartes sont complétées d’éléments de contexte : un tabouret pour signifier une localisation, un emplacement assez peu confortable, le tampon d’un visa évoquant le droit de passage, d’apparaître sur la carte, des mentions de lieux remarquables (Le Louvre par exemple), le dessin de voies de circulation plus ou moins importantes et ainsi de suite.

      Dans le second cas, les éléments cartographiques, souvent un enchevêtrement fin de voies de circulation servent à cacher la personne représentée qui se laisse ainsi deviner, en n’étant pas au premier plan du décor. C’est le cas des séries Undesirables (2022) ou encore The Shadows of space (2019 à 2021 voir exemples ci-après).

      Source : Afikaris.

      Le travail de l’artiste autour de la cartographie et des circulations a notamment été interrogé par Anne Bokandé en 2020, dans le cadre le cadre de la Saison #6 Nouvelles Cartographies et du projet « Nouvelles cartographies – Lettres du Tout-Monde » du Labo 148.

      L’entretien avec Jean-David Nkot qui en résulte, intitulé Les cartographies comme espaces de questionnement des circulations aujourd’hui et des manières d’habiter est disponible dans Bitume d’où est extrait le questionnement suivant de l’artiste.

       « Aujourd’hui vous voyez que c’est important de circuler librement, parce que lorsqu’un cas se déclare quelque part, un autre peut être espace d’accueil le temps de trouver des solutions. Pourtant, que faites-vous, vous, quand le reste du temps, vous fermez les frontières, et interdisez que d’autres entrent ? Si tout le monde commence à faire cela, comment s’en sortir ? Vous voyez bien qu’on a besoin de son voisin pour exister. » En Italie désormais ce sont les Cubains qui viennent aider les malades. Alors je me questionne : quelle sera la nouvelle cartographie du monde après la sortie de cet événement ? Comment les gens vont reconstruire la carte du monde ? Soit nous allons davantage nous enfermer, soit nous allons véritablement revoir les questions de frontières entre nous. Pas physique, mais entre humains. Comment avons-nous envie de les revoir ? La cartographie est quelque chose de crucial. On ne peut rien faire sans. Cela nous oriente. Mais quelles cartographies ? Est-ce que celles que nous utilisons actuellement nous conviennent ?

      Jean-David Nkot à propos des européens qui résident en Afrique et ne veulent en partir.

       

      A savoir également que Jean-David Nkot a participé avec Michel Ekeba et Géraldine Tobé (République Démocratique du Congo), dans le cadre de l’Art Space Projet (ASAP) présenté dans cet article du Monde, à l’œuvre « Memory of today, Memory of the future » qui a été placée sur le premier satellite météorologique africain lancé en décembre 2022 par Ariane Espace.

      Un artiste vraiment exceptionnel, je vous disais en introduction, qui est représenté en France par la sympathique galerie Afikaris

       

      Jean-David Nkot, Le transporteur, 2021 ©Jean-David Nkot. Source : Afikaris.

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur Quelle stratification des forêts du Bassin du Congo ?

      Posted: 20 September 2023, 3:47pm CEST by Françoise Bahoken

      Vue la déforestation en cours dans les pays du Bassin du Congo, les paysages forestiers ne sont plus considérés comme intacts et leur diminution est hélas actée.

      On peut néanmoins s’intéresser à la structure des forêts rémanente pour en proposer une typologie spatiale, ce que les spécialistes appellent une « stratification ». Pour en savoir plus, j’ai mobilisé les données du GLAD (2021) qui sont disponibles sur l’ensemble du monde, mais je les ai limitées à l’Afrique, focalisant mon attention sur le Bassin du Congo.
      J’ai mobilisé ces données et les analyses publiées associées, en les traduisant en français et en les adaptant pour les besoins de ce billet. Voir la liste des sources et références consultées.

      La stratification du couvert forestier a pour objectif de délimiter des régions forestières – en l’occurrence « des  strates » – qui sont associées à différentes valeurs de référence du stock de carbone.

      L’estimation de la perte de carbone aérien, due aux dommages des forêts tropicales, s’appuie en effet sur la mesure de la diminution ou de la perte de couvert forestier. L’une des manières de s’en rendre compte est d’en faire la cartographie à l’aide d’images satellites. Hansen et al. (2013) ont ainsi réalisé une telle cartographie des pertes du couvert forestier à 30 m de résolution spatiale, que les spécialistes considèrent comme une référence en la matière.

      Cependant, le fait que les autres cartographies cohérentes des différents types de forêts (tropicales et pan-tropicales) ne soient pas disponibles à 30 m près impose de caractériser autrement le couvert forestier, à mobiliser en l’occurence plusieurs paramètres pour aboutir à des définitions complexes des différents strates.

      La classification des forêts réalisée par Potapov et al. (2012) à l’échelle nationale, conduit à une typologie identifiant des « forêts primaires », des « forêts secondaires », des « zones boisées », qu’il est difficile de reproduire à l’échelle d’un biome puisque les niveaux d’observation diffèrent fondamentalement.

      A noter que cette stratification n’est pas sans lien avec l’estimation des paysages forestiers intacts (PFI) dont on a déjà parlé ici, puisque les PFI correspondent aux strates de forêts denses et hautes, denses

      La classification des forêts réalisées par Potapov et al. (2012) n’étant pas applicables au niveau local, les stratifications de forêts pan tropicales qui existent – telles celles du GLAD (2021) utilisées ici – ont été définies en utilisant les caractéristiques structurelles des forêts estimées à partir d’analyses statistiques d’images satellites de la canopée. Ont  ainsi été mobilisées la méthode de Hansen et al (2013) qui permet d’estimer le pourcentage de couverture de la canopée en 2000, ainsi que celle de Potapov et al (2008) mesurant la hauteur des arbres et le degré d’intégrité de la forêt.

      Des seuils de stratification minimisant la variance intra strate sont définis, grâce à une régression fondée sur des estimations ponctuelles du carbone GLAS, comme variable dépendante (Baccini et al., 2012), pour aboutir à la cartographie suivante.

      Cette carte permettant de caractériser plus finement la structure du couvert forestier intact.

      Sources :

      Global land analysis and discovery (GLAD), University of Maryland, Department of Geographical Sciences, 2021.
      Fonds de carte : NaturalEarth data, 2023.

      Références :

      Baccini A. et al. 2012, Estimated carbon dioxide emissions from tropical deforestation improved by carbon-density maps Nature Climate Change 2 182-5.

      Hansen M.C. et al. 2013, High-resolution global maps of 21-st century forest cover change Science 342 850-3. Potapov P.V. et al. 2008, Mapping the world’s Intact Forest Landscapes by remote sensing. Ecology and Society 13 51.

      Potapov P.V. et al. 2012, Quantifying forest cover loss in Democratic Republic of the Congo, 2000-2010, with Landsat ETM+ data Remote Sensing of Environment 122 106-16.

      Billets liés :
      Que reste t-il de nos forêts ?
      Contribution des pays du Bassin du Congo à la déforestation

       

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur Contribution des pays du Bassin du Congo à la déforestation

      Posted: 6 September 2023, 1:50pm CEST by Françoise Bahoken

      A la suite du billet précédent sur les paysages forestiers intacts, on peut logiquement s’interroger sur la déforestation ces dernières années, sur la contribution des différents pays du Bassin du Congo.

      Pour ce faire, j’ai mobilisé les données disponibles dans le dernier rapport sur l’État des forêts (EDF) publié par le Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo (PFBC), pour “présenter les écosystèmes forestiers d’Afrique centrale et leur environnement de gestion”. Ce rapport fait notamment état de données qui fournissent des mesures sur la déforestation réalisées de 2009 à 2020.

      M’étant fixée pour objectif de cartographie la répartition des pays du point de vue de la déforestation, j’ai réalisée une carte descriptive combinant le stock de surfaces déforestées (en hectares) et le taux illustrant la contribution en pourcentage de l’ensemble des pays concernés à la déforestation du Bassin du Congo, sur la période 2009-2020.

      En examinant les premiers résultats cartographiques obtenus, j’ai finalement réalisé deux cartes prenant en compte ou non la contribution du Cameroun, pour lequel les données n’étaient disponibles, dans les sources que j’ai consultées, que jusqu’en 2018 (carte 1).

      Carte 1. Profil des pays du Bassin du Congo en termes de déforestation de 2009 à 2018

      Si l’on étend la période de représentation à 2020, en conservant le Cameroun, la configuration des pays change de de manière importante (Carte 2), puisque le Cameroun qui avait la contribution la plus importante jusqu’en 2018, à plus de 35% voit, cède sa place, par simple permutation, au Gabon.

      Carte 1. Profil des pays du Bassin du Congo en termes de déforestation de 2009 à 2020

      Au delà du changement de position du Cameroun et du Gabon, ces deux cartes permettent aussi de montrer comment la présence de données manquantes ou lacunaires peut conduire à travestir la réalité et, surtout, à empêcher la mesure de la déforestation à l’œuvre depuis 2009 dans les pays du Bassin du Congo. Du coup, on aimerait bien savoir pourquoi les données sont manquantes pour le Cameroun…

      Billet lié :
      Que reste t-il de nos forêts ?

      Source :
      Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo (PFBC), 2021, État des forêts, Rapport

       

      Françoise Bahoken

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    • sur Que reste t’il de nos forêts ?

      Posted: 4 September 2023, 7:45am CEST by Françoise Bahoken

      Le changement climatique, la chaleur suffocante et maintenant, la soudaine tombée du froid. Est-ce que cela pourrait être dû à la baisse du couvert végétal ? Je demande…

      A la faveur d’une collaboration en cours avec la FPAE, je suis sortie de ma zone de confort cet été pour essayer de prendre l’air, en m’intéressant aux forêts du Bassin du Congo ; le lien entre les très fortes températures et les épisodes de sécheresse que nous connaissons en Europe de l’ouest, le changement climatique et le lien avec le couvert végétal m’intéressant a priori.
      N’étant pas familière avec ces sujets liés aux paysages végétaux, je suis entrée dans le sujet en commençant par me promener au cœur de bases de données librement accessibles en ligne  – des bases de données que j’ai d’abord dû identifier. Je ne vais pas entrer dans trop de détail sur les données et les traitements réalisés, juste présenter quelques résultats cartographiques ci-après et probablement dans de prochains billets.

      Alors, pour commencer sur ce sujet des forêts, intéressons-nous aux forêts « encore intactes ». Cela tombe bien, un groupe de chercheurs à publié différents articles sur le sujet (voir notamment Potapov et al. 2017) qu’ils partagent sur www.intactforests.org, permettant alors de les caractériser et de les cartographier.

      Un « paysage forestiers intact (PFI) est une étendue ininterrompue d’écosystèmes naturels à l’intérieur de la forêt actuelle, sans aucun signe d’activité humaine détectée à distance et suffisamment vaste pour que toute la biodiversité autochtone, y compris les populations viables d’espèces à large répétition, puisse être maintenue.

      Pour les besoins d’évaluation globale, un PFI est défini [harmonisé au niveau mondial] comme un territoire formé d’écosystèmes forestiers et non forestiers très peu influencés par l’action anthropique, avec (i) une superficie d’au moins 500 km² (50 000 ha), (ii) une largeur minimale de 10 km (mesurée comme le diamètre d’un cercle englobant minimum le territoire concerné), et (iii) une largeur minimale de corridor/appendice de 2 km.

      Les zones présentant des traces de certains types d’influence humaine sont considérées comme perturbées ou fragmentées et ne peuvent donc être incluses dans le PIF ».
      Greenpeace, 2023 (trad. F. Bahoken),

      Une base de données disponible à plusieurs dates a également été construite sur ces PFI par un collectif de cartographes : l‘Impact Forest Landscape mapping team appartenant à Greenpeace, WRI, WCS, Département de Géographie de l’Univ. du Maryland, Transparent World et WWF (Russie),

      J’ai été très très surprise de voir l’état de l’extension forestière en 2020 (dernière date disponible), particulièrement en Afrique et dans le bassin du Congo. La carte réalisée est littéralement dramatique. Jugez-en par vous mêmes.

      Paysages forestiers « encore intacts » en 2020 dans le bassin du Congo

      La forêt a t-elle été réduite rapidement ? Quelle était son emprise en 2000, par exemple ?

      Paysages forestiers intacts en 2000 dans le bassin du Congo

      Ce n’est pas vraiment mieux qu’en 2000 et c’est le moins que l’on puisse dire. Pour mieux se rendre compte de l’étendue du désastre, j’ai superposé les deux cartes précédentes sur l’extension historique du couvert forestier

      Évolution du couvert forestier dans le bassin du Congo entre 2011 et 2020

      Références :

      – Potapov, P., Hansen, M. C., Laestadius L., Turubanova S., Yaroshenko A., Thies C., Smith W., Zhuravleva I., Komarova A., Minnemeyer S., Esipova E. “The last frontiers of wilderness: Tracking loss of intact forest landscapes from 2000 to 2013” Science Advances, 2017; 3:e1600821

      – Bases de données IFL mapping team Intact Forest Landscapes 2000/2013/2016/2020.

      www.intactforests.org

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur Deviner la Tchéquie

      Posted: 31 August 2023, 10:07am CEST by Françoise Bahoken

      Préambule : Ce travail s’inscrit dans un axe de recherche du projet Tribute to Tobler – TTT portant sur l’application des méthodes d’algèbre linéaire à l’analyse des matrices origine-destination dans un objectif de cartographie thématique.
      Ce billet contextualise, commente et présente après en français (après une traduction libre) le Notebook Guessing Czechoslovakia [accéder] réalisé par Philippe Rivière (Visions Carto) pour le #30DayMapChallenge de 2021 : Day22-Boundaries.

      Contexte de la recherche :

      L’objectif dans lequel s’inscrit ce travail consiste à examiner – suite à une demande de Waldo Tobler lui-même – les conditions théoriques et méthodologiques du transfert des méthodes de l’algèbre linéaire, des valeurs propres et autres décompositions spectrales à l’analyse cartographique des interactions territoriales.

      Deux objectifs pour l’usage de l’algèbre linéaire pour cartographier des interactions spatiales/territoriales sont définis  :

      • Le premier vise à simplifier la matrice origine-destination à représenter de manière à ce que la carte des interactions territoriales représentées entre des entités ne subisse pas d’effet spaghetti.

      Tobler avait lui-même déjà commencé à examiner ce premier objectif, en reprenant l’un des papiers qu’il considérait comme précurseur de ce transfert, l’article de Peter Gould (1967), On the Geographical Interpretation of Eigenvalues, Transactions of the Institute of British Geographers, 42, p. 53-86. Vu l’intérêt de cet article, Laurent Beauguitte et moi-même l’avons traduit en français dans le cadre du groupe fmr (flux, matrices, réseaux) [Voir la présentation]. La version française et commentée par nos soins de ce texte de Peter Gould est disponible dans la collection HAL du groupe fmr : Sur l’interprétation géographique des valeurs propres.

      Tobler a mobilisé pour cela les données de flux de dollars construites par S. Pi pour examiner cette méthode et proposer un ensemble de cartes de flux.

      Les méthodes de décomposition spectrale utilisées en algèbre linéaire nous étant assez difficiles à comprendre au premier abord, nous avions des doutes quant à l’intérêt de ce transfert, s’il était effectivement pertinent sur le plan thématique de les utiliser pour cartographier des migrations par exemple.

      L’investigation menée sur le premier objectif a ainsi conduit à reproduire la méthode sur le cas américain dans le cadre de TTT, et plusieurs collègues s’y sont attelés.

      • Le second objectif consiste à révéler des partitions territoriales issues d’une régionalisation/clustering par des flux, c’est-à-dire de mettre en évidence des régions définies par un ensemble de flux observés entre des entités géographiques de niveau inférieur qui échangent plus entres elles, parce qu’elles appartiennent à une même région, qu’avec des entités de même niveau/échelle géographique mais qui appartiennent à une autre région.

      C’est ce second objectif qui est examiné ici. 

      A la recherche d’anciennes partitions territoriales

      Pour investiguer sur la proposition de Tobler, j’avais décidé de la mettre en œuvre sur les données de flux inter districts de l’ex-Tchécoslovaquie (1990). La raison était simple : je connaissais assez bien cette matrice pour l’avoir longuement manipulée dans la première partie de ma thèse et il (me) serait probablement plus facile de (me) (géo)visualiser les résultats obtenus pour évaluer la méthode en première instance, plutôt que d’essayer de comprendre d’emblée les systèmes d’équations sous-jacents. La cartographie servant ici à comprendre les résultats de travaux en cours ou exploratoires comme ceux présentés ici.

      L’hypothèse examinée ici est donc de savoir s’il est possible (avec cette méthode qui permettait de partitionner l’espace à partir de valeurs de flux) de retrouver d’anciennes partitions territoriales antérieures à l’ex-Tchécoslovaquie de 1990, en l’occurrence d’anciennes républiques ou d’anciennes régions. La validation de cette hypothèse pourrait alors faire apparaître la méthode comme potentiellement complémentaire à celles plus traditionnelles en SHS de modélisation des interactions qui s’attachaient à mettre en évidence le rôle des frontières en termes d’ajustement des valeurs de flux (voir notamment les travaux de Nadine Cattan, de Claude Grasland et  d’Athanase Bopda sur le sujet).

      [Le texte qui suit à été rédigé en anglais par Philippe Rivière, mes ajouts ou commentaires à la traduction sont placés entre crochets].

      Ce jeu de données – fourni par Françoise Bahoken dans le cadre du projet Tribute to Tobler représente le mouvement des personnes entre les 114 districts de l'(ex-)Tchécoslovaquie. Il s’agit d’une matrice origine/destination, où le CODEi est un identifiant du district d’origine, le CODEj un identifiant du district de destination, et Fij le flux (nombre de personnes qui se sont déplacées) de i à j au cours de l’année 1990.

       

       

       

       

       

       

       

      Source : Pohyb Obyvatelstva, 1990.
      Ces données ont été préparées par Claude Grasland.

      [L’intérêt d’utiliser ces données tient à ce qu’elles représentent un cas d’école pour examiner le rôle des frontière dans l’ajustement des interactions spatiales et/ou dans la différenciation des différentes régions et districts. La répartition géographique de ces districts (okrej) qui date de 1961 signe en effet l’évolution des frontières historiques de l’ex-Tchécoslovaquie de 1990 : les trois anciennes républiques Tchèque, Morave et Slovaque) elles-mêmes subdivisées en dix régions (kraj) au cours du temps sont visibles sur la partition territoriale de 1990.]

      Question : Ces informations sont-elles suffisantes pour réaliser une carte [de flux] de la Tchécoslovaquie ?

      Parmi les nombreuses méthodes possibles – en suivant, encore une fois, une suggestion de Waldo Tobler – nous pouvons essayer d’utiliser une méthode de réduction de dimension de la matrice. Dans ce cas, nous allons appliquer la méthode UMAP, de Leland McInnes, aisément disponible en JavaScript et empaquetée par René Cutura dans DruidJS.
      La matrice brute est passée dans UMAP ; les résultats obtenus correspondent à des positions XY dans un espace virtuel.

      – Version interactive –

      Voici ma carte ! OK … mais vous auriez raison de me poser la question suivante : est-ce que cela ressemble vraiment à la Tchécoslovaquie ? Eh bien, voici un tableau de données complémentaires qui identifie les régions/républiques historiques de chacun des districts : la variable “rep” contient C/S pour Tchéquie/Slovaquie, et “his” contient B/M/S pour Bohème/Moravie/Slovaquie.

      Nous pouvons alors colorer les districts, sur la carte issue de UMAP, en fonction de ces deux variables :

      Carte des deux anciennes républiques Tchèque et Slovaque

      Carte des trois anciennes républiques : Tchéquie, Moravie et Slovaquie
      UMAP version 1

      Une erreur évidente est que la carte n’est pas [projetée dans un espace géographique et ni] correctement orientée (la Slovaquie, en rouge, est au sud-est.). À part cela, c’est plutôt bien fait !
      [La méthode UMAP permet bien de retrouver le découpage historique en trois républiques de l’ex-Tchécoslovaquie, ce qui valide l’hypothèse de départ. Yes!].

      Carte des trois anciennes républiques : Tchéquie, Moravie et Slovaquie
      – UMAP version 2 –

      Il est possible que les trois républiques historiques puissent facilement être identifiées à partir de ces seules données de migrations résidentielles avec un simple algorithme de regroupement (CK-means), appliqué à l’UMAP unidimensionnel de la matrice, [pour retrouver d’anciennes partitions].

      Carte des trois anciennes républiques : Tchéquie, Moravie et Slovaquie
      – variante clustering K-means –

      La méthode fonctionne également !

      Enfin, nous devons confronter les coordonnées obtenues aux positions réelles des districts sur le terrain. Pour cela, nous allons simplement colorer les districts en fonction du clustering unidimensionnel UMAP, [en les projetant dans l’espace géographique muni des frontières des deux/trois républiques historiques].

      Carte des trois anciennes républiques : Tchéquie, Moravie et Slovaquie
      – variante UMAP géolocalisée –

      D’accord, [en y regardant de plus près], nous avons un peu de confusion, mais dans l’ensemble, ce n’est pas si mal ! L’utilisation d’une mesure de distance plus appropriée (comme la distance cosinus), le regroupement de l’UMAP dans des dimensions plus élevées, avec une méthode de clustering plus intéressante que CKmeans, pourrait nous aider à résoudre ce problème… mais ce sera pour un autre Notebook.

      [Autres variantes présentées dans le notebook, mais non satisfaisantes]

      Voir aussi :
      TTT dans Neocarto

      Billets liés à TTT

      La collection TTT des travaux en français de et après Tobler : hal.archives-ouvertes.fr/TTT/
      L’espace de travail collaboratif de TTT : ./tributetotobler/

       

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur Le pointillisme dans l’art pictural et cartographique

      Posted: 28 August 2023, 1:23pm CEST by Françoise Bahoken

      Saviez-vous que le motif en « semis de points » caractérise à la fois le pointillisme, un mouvement pictural néo-impressionniste et un type de carte statistique, la carte par (densités de) points ? Moi je ne ne le savais pas, avant de me plonger pendant le premier confinement, dans les méthodes de cartographie par points avec Nicolas Lambert.

      Il est en effet passionnant de noter la proximité qu’il peut y avoir entre le rendu du motif formé de points mis en œuvre dans différents arts graphiques, en l’occurrence picturaux et cartographiques depuis le début du XXème siècle. Le tableau néo impressionniste et la carte par densités de points peuvent en effet être similaires, toutes proportions gardées, dans leur rendu mais aussi dans les méthodes mobilisées et dans la justification de leur usage qui conduisent, dans les deux cas, à des abstractions graphiques de la réalité sous la forme de points, ailleurs ce serait de lignes, comme le souligne Wassily Kandinsky (1923), pour asseoir une posture technique, scientifique.

      Le point, dans l’œuvre peinte et cartographiée

      L’usage pictural du point s’inscrit dans le pointillisme, un mouvement néo-impressionniste introduit avec le tableau du peintre Seurat (1859-1891) intitulé « Un dimanche à la Grande Jatte en 1886 ».

      Un dimanche à la Grande Jatte en 1886 (Seurat, 1886)

      Source : Google Art Project/Wikipedia, voir.

      Le pointillisme est définit par le Larousse, comme un « […] mouvement dont les adeptes eurent en commun une technique fondée sur la division systématique du ton », c’est en ce sens qu’il s’apparente au processus de cartographie par densités de points qui est fondé sur une division systématique de la quantité représentée, qu’elle soit teintée ou non.

      Le pointillisme, tel que mobilisé initialement dans la peinture et dans la cartographie par densités de points est une méthode mise au point pour assurer leur caractère scientifique. Pour la cartographie, il s’agissait de représenter des données statistiques sur la démographie (quantités discrètes de populations).

      La volonté de remédier aux effets de flou dans la peinture impressionniste rappelle en effet celle du « refus » d’une vision agrégée de la population humaine, c’est-à-dire d’une représentation de la distribution de la  population au sein de mailles symbolisant des zones administratives.

      Aparté. Le terme « refus » ci-dessus est à prendre avec des pincettes, un autre terme conviendrait peut-être mieux, mais lequel ?. Ce refus d’une présentation agrégée de données de populations m’évoque un refus similaire appliqué cette fois aux lignes : le « problème de la flèche », qui correspond au « refus » de la cartographie de migrations humaines sous une forme agrégée…

      Aux rendus des œuvres impressionnistes plus classiques considérés comme brumeux par les spécialistes peuvent ainsi être associés ceux des signes proportionnels et des aplats opaques typiques des cartes choroplèthes ; ces deux procédés étant les modes de représentation privilégiés des quantités agrégées de population, la cartographie par points ayant eu du mal à s’imposer comme l’explique Gilles Palsky (1984).

       

      La carte en densité de points (Montizon, 1830)

      La cartographie par points est une grande famille de carte statistique qui mobilise le point en implantation spatiale graphique et/ou géométrique/géographique pt(X,Y), pour représenter des quantités absolues ou discrètes. Si le point peut être mobilisé en cartographie selon différentes modalités, l’une d’entre elles correspond à la « carte en densités de points », une méthode de représentation introduite vers 1830 par Armand Joseph Frère de Montizon (1790-1859), pour représenter la répartition de la population française à l’échelle des départements.

      Carte philosophique de la population de la France (Montizon, 1830)

      Le motif perçu sur la carte de Montizon, comme sur le tableau de Seurat, est un semis de points présentant des densités de points variables selon les zones.

      Sur la carte, le nombre de points représentés par zone est fonction d’une relation d’équivalence individus-points, de type un-à-plusieurs (1-à-n). Dit autrement, un point sur la carte correspond à un ou plusieurs individus, en l’occurrence à une ou plusieurs personnes recensées dans les départements de l’époque. Sur la carte de Montizon, un point symbolise dix mille personnes, deux points correspondent à vint mille personnes et ainsi de suite. 

      Toujours sur la carte de Montizon, le placement des points ne correspond pas à un ordre particulier, dans cette version historique de la méthode. Sur la carte ci-dessous (déjà présentée ici), la répartition de la population mondiale s’appuie sur un point-équivalent 3 millions de personnes par défaut, une valeur qu’il vous est possible de paramétrer dans Observable.

      Carte en densités de points de la population du monde (Lambert, 2021)

      Dans la version historique de la méthode, l’ensemble des points d’une zone y est entièrement inclus (l’appartenance d’un point à une zone étant exclusive).

      A noter qu’il est aujourd’hui possible avec Bertin.JS (fonction dotdensity) d’autoriser les débordements des points d’une zone sur une autre zone, comme illustré sur la carte suivante.

      Carte en densités de points de la population américaine (Lambert, 2022)

      • sans débordements

      • avec débordements

      La carte en densité de points colorés (Jenks, 1953)

      Plusieurs décennies après cette première initiative de Montizon, Georges Frederick Jenks (1916-1996), un célèbre cartographe américain (bien connu pour ses innovations en cartographie statistique parmi lesquelles la méthode de seuillage naturel des données continues fondée sur la variance [voir]), mobilise la cartographie par densité de points pour représenter des quantités discrètes et typées/catégorielles.

      Pour cela, Jenks va s’inspirer du pointillisme, qu’il érige d’ailleurs comme méthode cartographique dans un article publié en 1953, et, entreprend de l’appliquer pour cartographier la répartition des récoltes de 1949 aux États-Unis. Il justifie ce choix par le besoin de disposer d’une « une présentation plus réaliste de la distribution des cultures » que celles précédemment cartographiées par Marshner (1950).

      Jenks affirme que les éléments clés de la conception de sa carte sont le choix des couleurs puis l’arbitrage entre la taille et la valeur du point à représenter et cela, en fonction de l’extension des surfaces cultivées.

      « Les couleurs ont été attribuées en tenant compte des éléments suivants :
      1. Les couleurs doivent rappeler au lecteur de la carte la culture qu’elles représentent.
      2. Les cultures de grande valeur et de petite superficie, telles que le tabac ou les camions, doivent être colorées plus intensément que les cultures plus étendues et plus vastes.
      Les cultures de grande valeur et de faible superficie, telles que le tabac ou les camions, doivent être colorées plus intensément que les cultures plus étendues et cultivées à grande échelle.
      3. Les cultures mineures sélectionnées, telles que les arachides ou le soja, qui tendent à modifier le caractère des cultures cultivées dans des zones plus étendues, devraient avoir des couleurs plus intenses que les cultures plus étendues.
      Les cultures qui ont tendance à modifier le caractère des cultures dans des zones plus étendues doivent avoir des couleurs d’une intensité modérée.» Jenks, 1953.

      Jenks sélectionne alors une série de teintes pour colorer les différentes types de cultures, ce qui conduit à une nouvelle carte par densité de points colorés. On notera que cette méthode est plus souvent utilisée aujourd’hui pour cartographier la distribution ethnique dans les pays qui en font l’usage (racial dotmaps).

      Sur ces cartes par densité de points, qu’ils soient colorés ou non, il est important de noter que leur répartition spatiale au sein de chaque zone est aléatoire et relativement à chacune d’elles. Cette précision sur le placement des points n’est pas anodine, car il est désormais possible de jouer sur les possibilités de spatialisation des points d’un semis au sein des zones. Ces possibilités sont proposées dans le cadre d’une nouvelle carte par points dénommée …
      à suivre !
      [l’article introduisant cette carte étant actuellement sous presse, la phrase sera complétée ultérieurement]

      Références :

      Jenks G. F. (1953), « Pointillism » as a cartographic technique, in: The Professional geographer, pp. 4-6.

      Kandinsky W. (1923) Point et ligne sur plan. version .pdf sur le site www.holybooks.com

      Montizon F. A. J. (1830), Carte philosophique figurant la population de la France, Disponible en .jpeg sur BNF/Gallica.

      Palsky G. (1984), La naissance de la démocartographie. Analyse historique et sémiologique, in: Espace, populations, sociétés. Université des Sciences et Technologies de Lille. 2 (2), 25–34. 

       

      Billets liés :

      Un point c’est tout !.

      Voir aussi :

      Bertin.JS : dot density map

      [R] Transformer des quantités aréales en densité de points

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur Dancing statistics

      Posted: 10 May 2023, 7:20pm CEST by Françoise Bahoken

      Avertissement.
      Ce billet ne traite pas de cartographie, mais de statistiques et de (choré)graphie.
      Il n’en demeure pas moins intéressant, je vous l’assure !

      Alors imagines, tu aimes bien la cartographie et la chorégraphie, plus généralement la représentation graphique de données … les statistiques. Et puis un jour, frais et pluvieux, en procrastinant sur le site de la jolie revue Images des maths, tu tombes sur un court billet d’Avner Bah-Hen (professeur de Statistiques), intitulé Statistiques et danse pour l’enseignement (voir) et donc qui parle de ça :

      Dancing Statistics c’est le nom d’un projet de courts métrages de la British Psychological Society pour aider le public non matheux de formation à comprendre les statistiques. Le projet porté par Lucy Irving  de Middlesex University & Andy Fields de l’University of Sussex vise à présenter des concepts et notions de statistique sous une forme moderne et dansée (danse moderne, of course).

      Pour cela ils mobilisent une population d’individus, à savoir une petite troupe où les individus sont des danseurs et danseuses contemporain.e.s, positionnés comme suit au départ d’un sujet.

      La chorégraphie à laquelle ils et elles prennent part est visualisée en vue de dessus et logiquement accompagnée de musique. Elle se déploie sur une scène qui, parce qu’elle est munie d’axes et de positions tracés au sol facilite, d’une part, le repérage rapide de leurs positions relatives les unes par rapport aux autres, fussent-ils et elles en mouvement ; elle permet d’autre part aux spectatrices de visualiser les éléments clés de concepts et notions usuel.le.s des statistiques ainsi dansés.

      Jugez-en par vous même ci-dessous en regardant cette première danse présentant la distribution de fréquence.

       

      D’autres vidéos sont également disponibles :

      Corrélations

      Échantillonnage et erreur standard

      Variance

       

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur Penser un monde sans frontières depuis l’Afrique

      Posted: 20 April 2023, 6:22pm CEST by Françoise Bahoken

      Ce n’est pas tous les jours que je peux me vanter d’être la co-autrice d’un document signé de la main d’Achille Mbembé, historien et politologue camerounais, diplômé de l’université Panthéon-Sorbonne Paris 1 et de Sciences Po Paris, avant d’être professeur d’histoire (de l’Afrique) aux États-Unis. Éminent penseur francophone sur l’Afrique post-coloniale et le pouvoir, il tire sa notoriété notamment de son esprit critique sur la décolonisation, les relations France-Afrique et le pouvoir de l’ancien colon français ; esprit qu’il exerce aujourd’hui en vrai globe penseur » depuis Johannesburg où il est installé.

      Cette opportunité m’a été proposée par Migreurop, pour la réalisation d’un chapitre de l’Atlas des migrations dans le monde (2022) intitulé Penser un monde sans frontières depuis l’Afrique. Sont présentés ci-après quelques passages ainsi que la carte associé.e.s, le texte intégral étant disponible sur Cairn, mais pour abonné.e.s de l’ESR seulement – m’en faire la demande si souhaité.

      « Décider qui peut se déplacer, s’installer, où et dans quelles conditions, est aujourd’hui au cœur des luttes politiques. Comment repenser l’utopie d’un monde sans frontières et partant, d’une Afrique sans frontières ?

      Il faut partir du concept de libre circulation, en l’opposant aux conceptions africaines précoloniales du mouvement dans l’espace. Dans le modèle libéral classique, la sécurité et la liberté ont été définies comme un droit d’exclusion : l’ordre consiste à garantir l’ordonnancement inégal des relations de propriété. Affirmer les frontières de la nation, c’est affirmer les frontières de la race, donc donner une définition adéquate des frontières du corps, et de la centralité du corps dans le calcul de la liberté et de la sécurité.

      L’Afrique précoloniale n’était sans doute pas un monde sans frontières (du moins pas au sens propre), mais les frontières existantes étaient toujours poreuses et perméables. Comme en témoignent les traditions de commerce à longue distance, la circulation était (et est toujours) fondamentale dans la production de formes culturelles, politiques, économiques, sociales et religieuses. S’arrêter, c’est prendre des risques ; pour survivre, il faut être constamment en mouvement, particulièrement en situations de crise. 
      (…)
      On retrouve cela dans les réseaux et les carrefours (qui sont importants dans la littérature africaine), ainsi que dans les flux de personnes et les flux de nature, tous deux en relation dialectique : dans ces cosmogonies on ne peut imaginer les individus sans ce que nous appelons la nature. (…) ».

      L’idée à l’origine de la carte qui suit était d’illustrer cette assertion d’Achille Mbembé en montrant que l’Afrique n’est pas un endroit statique, immobile mais une terre truffée de mouvements à la faveur de diverses infrastructures de transport. Pour cela, il a fallu tenter de les cartographier de la manière la plus complète possible, même si l’exhaustivité est illusoire. Plusieurs sources d’information libres et gratuites ont ainsi dû être mobilisées, gérées simultanément et harmonisées pour pouvoir être représentées de manière lisible. 

      Pour une Afrique des circulations et une circulation en Afrique

      Source : Atlas des migrations dans le monde (2022).

      L’Afrique dans son entièreté est striée de part et d’autre de linéaires de réseaux terrestres, routiers ou fluviaux, maritimes et aériens (non représentés) qui prennent place à différentes échelles ; un gigantesque réseau transafricain étant d’ailleurs en projet. Ces réseaux sont eux-mêmes ponctués de carrefours et autres hubs d’accès qui structurent les mouvements des personnes, des animaux, des monnaies et des biens, des savoirs et des religions en Afrique depuis plusieurs siècles. Si ces réseaux permettent de parcourir le continent depuis la nuit des temps, n’oublions pas que cela n’est pas toujours très facile : les infrastructures s’articulant parfois tant bien que mal avec la topographie locale, un environnement naturel et des conditions climatiques parfois difficile qui contraignent localement les libres circulations.

      « (…) Le partage de l’Afrique au 19e siècle et le découpage de ses frontières selon les lignes coloniales ont transformé le continent en un immense espace carcéral, et chacun d’entre nous en un.e migrant·e illégal·e potentiel·e, incapable de se déplacer sauf dans des conditions de plus en plus répressives. Nous piéger est devenu la condition préalable à l’exploitation de notre travail, c’est pourquoi les luttes pour l’émancipation ont été si étroitement liées aux luttes pour le droit de circuler librement. Si nous voulons parachever la décolonisation, nous devons faire tomber les frontières coloniales et faire de l’Afrique un vaste espace de circulation pour elle-même, pour ses descendant·e·s et pour toutes les personnes qui veulent lier leur destin à notre continent. »

      Référence :
      Mbembe, A. & Bahoken, F. (2022). Penser un monde sans frontières depuis l’Afrique. Dans : Migreurop éd., Atlas des migrations dans le monde: Libertés de circulation, frontières et inégalités (pp. 144-147). Paris: Armand Colin.  [https:]]

      Billet lié : Françoise Bahoken (2022) Atlas des migrations dans le monde, Carnet néocartographique.

       

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur Comment tester la lisibilité d’une composition graphique avec un modèle d’IA ?

      Posted: 18 April 2023, 8:09am CEST by Laurent Jégou
      L’analyse d’image par réseaux de neurones

      Avec les systèmes d’Intelligence Artificielle (‘IA’) du type “réseaux de neurones“, il est aujourd’hui possible de simuler l’importance visuelle des éléments d’une image, c’est-à-dire l’ordre et la durée avec laquelle les différentes parties  de l’image vont être perçues par un observateur lambda. On parle aussi de saillance visuelle, pour qualifier l’effet de sauter aux yeux.

      L’intérêt de ces méthodes réside dans leur capacité à indiquer les éléments les plus lisibles d’une image, les plus saillants, donc sa hiérarchie visuelle :

      • Pour vérifier que sa composition graphique (mise en page, planche de cartes…) est bien organisée et de manière efficace (du point de vue de la lisibilité, de la structuration et de la quantité d’information).
      • Pour évaluer la lisibilité de choix esthétiques plus originaux, artistiques.

      Ces outils peuvent ainsi simuler les réactions de perception visuelle humaine, si on les entraine sur un corpus d’images pré-analysées par des humains. Ainsi, l’algorithme va dégager des règles de perception de son corpus d’entraînement et pourra les reproduire sur de nouvelles images.

      Pendant longtemps, ces algorithmes étaient utilisés pour guider des véhicules à partir d’images de caméras, car la demande est forte pour les véhicules autonomes. En 2020, des chercheurs du M.I.T et d’Adobe ont l’idée d’entraîner un réseau de neurones à partir d’images de composition graphique (graphic design) : des posters, des cartes, des tableaux de bord de données… 1000 images ont ainsi été étudiées par 250 personnes, à qui on a demandé de désigner les zones les plus importantes, dans l’ordre de lecture.

      Le résultat, le modèle UMSI (Unified Model of Saliency and Importance), est très intéressant (dernière colonne de l’image ci-dessous), d’autant plus que l’article, le code et les données (le modèle résultat de l’analyse du corpus) ont été rendus disponibles (pour une utilisation non commerciale) :  predimportance.mit.edu

      Comparaison des résultats de l’algo. UMSI aux autres modèles (source : Fosco et al., 2020).

      L’algorithme est ainsi utilisable via un carnet interactif Python, hébergé sur GitHub et mis à disposition via une machine virtuelle Binder, le tout gratuitement. Cette installation a été produite pour l’école thématique “TransCarto” du CNRS, en octobre 2021, pour illustrer une présentation sur les images cartographiques.

      Comment utiliser librement cet outil ?

      Pour l’école thématique TransCarto, un carnet interactif Python a été préparé, à partir du carnet source de l’article (fork). Il s’agit d’une page web interactive qui permet d’exécuter du code Python dans une machine virtuelle, à distance, et de récupérer les résultats des traitements. Ce carnet, de type Jupyter Notebook, est hébergé gratuitement dans le gestionnaire de code source GitHub de TransCarto, et il peut être exécuté tout aussi gratuitement via le service Binder.

      1. Se rendre sur la page GitHub de TransCarto : github.com/transcarto
      2. Choisir le dépôt “PredImportance-public” : ./transcarto/predimportance-public
      3. Cliquer sur le bouton “Binder” Launch Binder

       

      Accueil de Binder

      Le carnet Jupyter se lance au bout d’un moment plus ou moins long d’initialisation (plusieurs minutes la première fois, avec parfois des plantages, car c’est une ressource gratuite et partagée). Lorsqu’il est démarré, le carnet affiche la liste des fichiers du carnet, il faut choisir le fichier qui contient le notebook par un double-clic sur transcarto_umsi.ipynb

      Accueil carnet, choix du fichier ipynb

      Ce carnet fonctionne suivant le principe général des carnets de code interactif : des cellules sont modifiables et exécutables (bouton flèche triangulaire en haut du carnet), on les édite (éventuellement), puis on les lance une à une pour dérouler l’algorithme petit à petit, du haut vers le bas.

      Le fait que le code soit modifiable permet de :

      • modifier les fichiers image à analyser (deux images sont fournies par défaut)
      • modifier les réglages de l’algorithme (éventuellement, par exemple la palette de couleurs)
      Les étapes du carnet

      Début du carnet python

      On va décrire ici les différents blocs de code du carnet, leur fonction et leur modification potentielle.

      • 1°) Le premier bloc est constitué de commentaires sur les prérequis à l’utilisation du code en local. Dans l’image Binder, les pré-requis ont été fournis par le fichier requirements.txt du dépôt (qui sera mis à jour régulièrement pour tenir compte des versions des modules accessibles par Binder, qui évoluent selon les mises à jour de sécurité).
      • 2°) Le deuxième bloc réalise les imports du carnet, c’est à dire le chargement des bibliothèques de fonctions utiles, notamment TensorFlow/Keras qui gère le modèle de réseau de neurones. Lors de l’exécution de ce bloc, des messages s’affichent dans la zone de résultat du bloc, ce sont des informations non bloquantes pour la suite du processus.
      • 3°) Le troisième bloc contient les fonctions auxiliaires (ouverture et adaptation des images), qui sont appelées par le code principal (bloc 6 – Predict Maps).
      • 4°) Le quatrième bloc va télécharger (dans l’image Binder) le (gros) fichier du modèle UMSI, c’est à dire le réseau de neurones et les pondérations issues de l’expérience des 250 participants sur les 1000 images. Ce fichier est stocké sur un serveur externe, car sa taille (115Mo) dépasse le volume autorisé par GitHub en accès gratuit. À l’exécution, ce bloc produit lui aussi des messages d’information non bloquants (chargement, erreurs/problèmes de configuration matérielle).
      • 5°) Le cinquième bloc est celui qui permet de choisir ses propres images JPEG à analyser, en fournissant une ou deux URLs vers ces images. Une fois exécuté, il affiche les images et leur éventuel redimensionnement (bandes noires).

      image1_url = ‘ [https:]
      image2_url = ‘ [https:]

      Chargement d'images externes

      • 6°) Le sixième bloc ne contient qu’une seule ligne, mais c’est celle qui lance le traitement des images, en appelant les fonctions auxiliaires évoquées plus haut.
      • 7°) Enfin, le septième bloc produit les images de résultat : images source, “carte” de saillance selon une palette bleu/vert/jaune (viridis), et superposition en transparence des deux.
        -> Il est possible de les télécharger par un shift+clic droit.

      Résultats

      On peut générer une image de résultat (carte de saillance) en utilisant le bloc de code vide en bas du carnet.

      Il faut pour cela saisir la ligne de code suivante, en utilisant les numéros des images (0 et 1) :

      plt.imshow(pred_batch[0])

      Export

      Le choix de la palette de couleurs de la carte de saillance peut se faire parmi les palettes disponibles dans la bibliothèque de fonctions MatPlotLib. Il faut préciser le nom de la palette dans la ligne de code suivante du bloc 7, en remplacement de “viridis” :

      # Overlay heatmap on image
      res = heatmap_overlay(im,pred_batch[i],’viridis’);

      Enfin, comme le code source du carnet est librement accessible, on peut en télécharger une version pour l’exécuter en local sur sa machine, à la condition d’avoir installé les différents prérequis (Python 3.7, TensorFlow, etc.) et de posséder le matériel compatible pour les calculs (GPU vidéo de marque Nvidia).

      Interpréter les résultats

      Les résultats s’interprètent selon la palette de couleur.

      Palette viridis

      Palette Viridis

      Carte de saillance viridis

       La “carte” de saillance seule, selon la palette viridis

      Anamorphose à analyser

      L’image d’origine (pour comparaison)

      Les parties en jaune vif de l’image résultat sont considérées par l’outil comme étant saillantes, c’est à dire qu’elles correspondent à des régions et à des couleurs qui ont été repérées par les sujets qui ont entraîné le modèle. Elles seront donc généralement vues en premier et attireront le plus l’attention.

      À partir de ce constat, on peut comparer la “carte” de saillance avec l’image d’origine et sa structure, sa hiérarchie d’information, pour voir si ces zones correspondent :

      • Est-ce que les zones les plus saillantes de la carte de saillance (en jaune) sont aussi celles qui sont intéressantes pour commencer la lecture progressive de l’image et bien en comprendre le contenu ? (titre, légende, parties importantes de la carte)
      • Réciproquement, il faut se demander si les zones de la carte d’origine que l’on considère importantes pour la compréhension sont bien saillantes sur l’image générée par l’outil.

      Logiquement, le titre principal, bien lisible (position, taille de la police, isolement et contraste), est bien repéré comme saillant visuellement (partie horizontale jaune en haut de la carte de saillance). Ensuite, les zones saillantes sont localisées de manière moins interprétable, sur l’Europe de l’ouest dans la carte de gauche et sur la mer Rouge dans la carte de droite de la planche d’origine. Une explication pourrait être la position des “taches” rouges contrastées (sur fond blanc) dans l’ordre de lecture gauche-droite puis haut-bas. C’est peut-être un biais de cet outil de simulation, à vérifier en comparant avec d’autres analyses de compositions graphiques. 

      On remarque aussi des valeurs faibles de saillance qui sont intéressantes, notamment sur les légendes (qui devraient pourtant être saillantes pour une bonne compréhension des images), et sur les pays en rouge du haut de la carte de droite (où le phénomène de vieillissement est important). Les dates des deux images ne sont pas saillantes du tout, ce qui rend la compréhension de la planche complexe.

      En conséquence, pour améliorer l’efficacité de cette planche cartographique, on pourrait tester :

      • une réorganisation de la mise en page (pour placer les cartes verticalement)
      • un changement de la palette de couleurs des cartes ?
      • une augmentation de la visibilité des légendes
      • une augmentation de la visibilité des dates des deux cartes

      Il restera à tester l’analyse sur ces nouvelles versions !

       

      Laurent Jégou

      Enseignant-chercheur en géographie et géomatique, Univ. Toulouse-Jean Jaurès et UMR LISST-Cieu.

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    • sur C’est le printemps … des cartes !

      Posted: 17 April 2023, 2:36pm CEST by Françoise Bahoken

      La question demeure : où placer la limite, que définit la limite ? Une topologie de l’espace qui nous correspond (peut-être), et qui entoure ce « nous » qui reste parfois à définir.
      Christine Plumejeaud, 2023.

      Le printemps des cartes, c’est le nom d’un festival annuel de médiation scientifique organisé depuis 2018 autour des cartes et de cartographies de toutes sortes, par un collectif de ge?ographes, cartographes, artistes et passionne?s de la carte à Montmorillon. Issu d’une collaboration entre l’Universite? de Poitiers, la MJC Claude Nougaro de Montmorillon et l’Espace Mende?s France de Poitiers, le festival illustre Montmorillon, une bourgade de la Vienne déjà rendue célèbre par ses éditions cartographiques et qui l’est désormais d’autant plus qu’elle accueille un festival de cartographie.

      Le programme proposé cette année est très ambitieux, puisqu’il est question de la représentation des frontières pour (nous) aider à (nous) ouvrir à un monde qui n’a de cesse de se fermer ces derniers temps. Pour cela, le festivalier est invité à accueillir les beaux jours, en dépassant les frontières …

      … grâce au concours d’une brochette de cartographes témoignant de la variété du métier et aussi de son dynamisme, sans cesse maintenu depuis la nuit des temps.

      Le Festival de Montmorillon est composé de 8 rubriques principales de tous niveaux et accessibles à toutes et à tous.

      Aussi riches et fournies les unes que les autres, les différentes rubriques sont combinées dans un programme à la carte qui évoque, par son motif à la Perpillou [mon grand cousin me souffle à l’oreille qu’on dit « carte en pyjama »] celui du Festival International de Géographie de Saint-Dié des Vosges.
      Plus sérieusement, le programme permet d’alterner entre des conférences, des ateliers, des jeux grandeur nature et des sorties terrains, des tables rondes et des expositions … autrement dit entre des visions scientifiques, des présentations techniques-métiers, des expositions artistiques et/ou ludo-éducatives de cartes et autres processus cartographiques.
      Ce qui est m’apparaît intéressant est qu’on voit cohabiter plein de vues différentes : des approches réflexives au sein de présentations pointues et des dispositifs légers plutôt destinés au grand public, à l’information mais aussi à la rêverie. Les propositions sont en effet organisées autour de férus de cartographie qui sont soit très connus, par leur présence dominante dans les médias et pour cause, il s’agit de nos camarades du quotidien le Monde (l’excellent Xémartin Laborde et ses collègues) que l’on ne présente plus, ou soit des collègues mobilisés pour la journée d’étude organisée par l’Atlas historique de la nouvelle Aquitaine et que je salue au passage.

      La journée étant dédiée aux frontières, une présentation régalienne du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères est organisée sur le rôle du cartographe dans la délimitation du territoire, dans l’écriture, dans « l’élaboration de la frontière ». Rien que àa.

      Les présentations éducatives réalisées à destination d’un public de scolaires ne sont pas en reste : on notera le Forum climat organisé à la MJC de Montmorillon entre des élus et élèves ou encore l’exposition Habiter la terre formée de maquettes réalisée par des sixièmes ; ces dernier.e.s pourront ensuite s’amuser avec Zeplindejeux de cartes à jouer pour ne citer qu’eux.

      La cartographie se vivant également à Montmorillon, le Festival vous conduira à arpenter le terrain pour admirer les différentes propositions, mais aussi participer activement à la fabrication de cartes, que ce soit dans le cadre d’une party organisée avec vos amis autour d’Open Street Map avec CartoONG, lors d’un atelier à terre de (dé)construction cartographique avec Anne Lascaux, ou bien la tête dans les étoiles, au planétarium de l’espace PMF. Vous pourrez également vous promener en « cartomobile » avec Morgane Dujmovic [Coucou’ Morgane, mais qu’est-ce que c’est ?], à moins que vous ne préfériez une immersion dans le 7e art proposée par Marina Duféal, pour explorer la relation entre la carte et le cinéma.

      Bref, il y a de quoi faire, voir, entendre, pratiquer et cheminer sur ou avec des cartes à Montmorillon, et même en manger des cartes, à la carte (si si si, je vous l’assure, Christophe Terrier que j’avais pu rencontrer autour de cartes, non de tartes en cartes il y a quelques années, y propose des Modèles Numériques de Terrain [carte en relief et 3D] au chocolat, pour les plus gourmand.e.s).

      Impossible de terminer ce petit billet sans mentionner que vous serez également pris en main par les étudiant.e.s de l’association Cassini des géographes poitevins qui vous apprendront à ne pas perdre le nord du langage cartographique, en réalisant une carte thématique –  qui en sera forcément une vraie –  avec magrit.

      Les carnetiers de Néocarto vous souhaitent un bon festival à Montmorillon.

      En savoir plus sur Le printemps des cartes

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur Visualiser la première loi de la géographie de W. Tobler ? L’auto-corrélation spatiale

      Posted: 14 March 2023, 4:20pm CET by Françoise Bahoken

      Préambule : Ce travail s’inscrit dans le cadre des réflexions collectives menées dans le cadre du projet Tribute to Tobler – TTT. pour redévelopper les méthodes de Tobler dans des environnements contemporains de géovisualisation.

      Ce billet présente le Notebook Autocorrélation Spatiale [accéder] English version : Spatial Autocorrelationréalisé par Laurent Jégou (Univ. de Toulouse 2/UMR LISST) et publié le 14 mars 2023.

      “I invoke the first law of geography: everything is related to everything else, but near things are more related than distant things.”

      « J’invoque la première loi de la géographie : tout interagit avec tout, mais les objets proches ont plus de relations que les objets éloignés. » Tobler, 1970.

      Cette fameuse phrase est énoncée par Tobler en 1970, dans un article intitulé “A computer movie simulating urban growth in the Detroit region” publié dans la revue Economic geography, 46(sup1), 234-240 et disponible en ligne [PDF].

      Laurent Jégou indique que Tobler a lancé cette idée un peu comme une boutade lors d’une réunion de l’International Geographical Union en 1969, puis a creusé cette question dans un article de 1970. L’époque étant aux premières réflexions sur l’utilisation d’un ordinateur en géographie, cette hypothèse est devenue une question de recherche fertile, qui a produit de nombreuses autres publications. Elle était déjà apparue chez R.A. Fisher en 1935, mais n’avait pas connu le contexte favorable de la géomatique pour se développer.

      Cette “loi” est à l’origine des concepts de dépendance spatiale, de pondération des distances d’effets et d’autres analyses du rôle de l’espace et des distances. Nous allons nous intéresser ici à une famille d’indicateurs qui sont directement liés à la notion de relations spatialisées : l’autocorrélation spatiale.

      ***

      L’autocorrélation spatiale est le degré selon lequel les objets proches sont plus reliés entre eux qu’avec des objets lointains. Ainsi, elle mesure la façon dont la valeur d’une variable est semblable pour des objets spatialement proches.

      ***

      La mesure de l’autocorrélation spatiale implique donc de disposer d’une variable spatialisée et d’une métrique de distance, une façon de tenir compte de l’espacement géographique entre les objets.

      Plusieurs recherches ont proposé des indicateurs pour mesurer cette autocorrélation spatiale. Laurent Jégou présente d’abord les indicateurs globaux qui correspondent  à une valeur unique pour l’ensemble de la zone d’étude. Il s’agit de l’indice de contiguïté de Geary, ou “C de Geary” (Geary, 1954) et le I de Moran (1950). Le carnet présente ensuite les indicateurs locaux, tels que les versions locales du I de Moran et du C de Geary (Geary local et Getis&Ord) ; enfin ceux développés dans le champs de l’économétrie spatiale par Anselin (1995) sous le nom de LISA : Local Indicators of Spatial Association.

      Le carnet propose de visualiser l’utilisation de ces indicateurs, en utilisant un jeu de données statistiques sur les logements, les ménages et des jeux de test sur les départements métropolitains français (Sources INSEE et IGN).

      En fin de carnet, une carte interactive interactive est proposée représenter les différents indicateurs proposés, en jouant sur leurs paramètres : ci-après ceux qui ont permis de réaliser la carte précédente sur la part de résidences principales en 2019.

      Accéder à la version interactive pour réaliser une carte

      Réalisation : Laurent Jégou, 2023

      Références :

      – Laurent Jégou (2023) Autocorrélation Spatiale, Notebook Observable.
      – Waldo R. Tobler (1970), A computer movie simulating urban growth in the Detroit region, Economic geography
      – Anselin, L. (1995). Local indicators of spatial association—LISA. Geographical analysis, 27(2), 93-115. en ligne : [https:]]
      – Getis, A., & Ord, J. K. (1992). The analysis of spatial association by use of distance statistics. Geographical analysis, 24(3), 189-206., en ligne : [https:]]

      Voir aussi :

      TTT dans Neocarto
      La collection TTT des travaux en français de et après Tobler : hal.archives-ouvertes.fr/TTT/
      L’espace de travail collaboratif de TTT : ./tributetotobler/

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur La vraie carte du monde (Chéri Samba)

      Posted: 9 March 2023, 11:34pm CET by Françoise Bahoken

      Samba wa Mbimba N’zingo Nuni Masi Ndo Mbasi dit Chéri Samba est un monument de l’art contemporain africain au point où je ne sais plus si je chérie ce Samba parce qu’il en est un porte-drapeau, de la peinture noire d’aujourd’hui, ou bien parce que j’apprécie ses œuvres, certaines d’entre elles mobilisant des représentations cartographiques du monde. CQFD.

      Chéri Samba émerge sur la scène artistique internationale en 1989, dans l’exposition Magiciens de la Terre qui avait présenté une centaine d’artistes contemporains « non occidentaux » à Paris : au Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou et à la Grande Halle de la Villette, en même temps.

      La vraie carte du monde est depuis lors très connue des férus  de l’art contemporain africain. Acquise en 2012 par la Fondation Cartier pour l’art contemporain, cette œuvre a été notamment présentée en 2004, lors de l’exposition J’aime Chéri Samba ;, en 2011 lors de l’exposition Mémoires Vives et en 2015, lors de Beauté Congo 1926-2015 Congo Kitoko.

      La Vraie Carte du Monde (200 x 300 x 3 cm) met en scène un auto-portrait de son auteur placé au milieu d’un planisphère évoquant celui de Peters, mais renversé et aplati dans son hémisphère sud. L’ensemble est présenté sur un fond sombre, bleu nuit qui semble traduire un environnement au froid intense, qui s’oppose à la chaleur de terres flamboyantes.

      Le personnage apparaît comme incrusté dans la toile, au cœur même du planisphère. Il est vêtu d’un blouson aux motifs bleus (assortis au fond) qui évoquent un camouflage militaire ; il est surmonté d’un sweat-shirt zippé au ton blanc qui tranche à la fois avec le blouson et avec le col rayé de bandes rouge et noire.

      A l’exception de quelques terres bleuies, situées aux confins de l’hémisphère sud, les pays du monde sont dans l’ensemble représentés dans un dégradé de tons chauds allant du rouge au blanc, jusqu’au jaune dans sa partie centrale.

      La toile montre l’image d’un monde en feu en son cœur, qui pourrait logiquement évoquer l’urgence climatique contemporaine. Une urgence depuis laquelle émerge, tel un patriarche, un homme noir dénonçant en silence, avec un regard aussi profond que l’attitude et le sourire sont énigmatiques, le préoccupant état actuel du monde.

      Chéri Samba indique qu’il a eu l’idée de faire cette carte après avoir consulté l’ouvrage Mes étoiles noires de Lilian Thuram, duquel il s’est senti proche et responsable.

      C’est pourquoi il reprend un passage de l’ouvrage de Thuram qu’il mentionne telle une broderie, en fil blanc sur fond noir, au bas de la toile.

      « Non, cette carte n’est pas à l’envers… Les cartes que nous utilisons généralement placent l’Europe en haut et au centre du monde. Elle paraît plus étendue que l’Amérique latine alors qu’en réalité elle est presque deux fois plus petite : l’Europe s’étend sur 9,7 millions de kilomètres carrés et l’Amérique latine sur 17,8 millions de kilomètres carrés. Cette présente carte questionne nos représentations. En effet, le géographe australien Stuart McArthur, en 1978, a placé son pays non plus en bas et excentré, mais en haut et au centre. Cette carte résulte aussi des travaux de l’Allemand Arno Peters, en 1974, qui a choisi de respecter les surfaces réelles de chaque continent. Il montre, par exemple, que l’Afrique avec ses 30 millions de kilomètres carrés, est deux fois plus grande que la Russie qui compte 17,1 millions de kilomètres carrés. Pourtant, sur les cartes traditionnelles, c’est le contraire… Placer l’Europe en haut est une astuce psychologique inventée par ceux qui croient être en haut, pour qu’à leur tour les autres pensent être en bas. C’est comme l’histoire de Christophe Colomb qui « découvre » l’Amérique, ou encore la classification des « races » au XIXe Siècle qui plaçait l’homme blanc en haut de l’échelle et les autres en bas. Sur les cartes traditionnelles, deux tiers de la surface sont consacrés au « Nord », un tiers au « Sud ». Pourtant, dans l’espace, il n’existe ni Sud ni Nord. Mettre le Nord en haut est une norme arbitraire, on pourrait tout aussi bien choisir l’inverse. Rien n’est neutre en termes de représentation. Lorsque le Sud finira de se voir en bas, ce sera la fin des idées reçues. Tout n’est qu’une question d’habitude. »

      Cette longue citation accompagne ainsi la mise en scène par l’auteur de son auto-portrait pour souligner que c’est « L’Afrique qui fait que le Monde existe ».

      L’auteur représente alors le continent noir telle qu’il le voit, selon ses dires. Il use pour cela d’une projection cartographique lui permettant de placer l’hémisphère sud au nord, et, de l’étendre de sorte qu’il occupe les trois quarts de la toile. Il balaie ainsi l’image usuelle du Monde renvoyée par la projection euro-centrée traditionnellement adoptée et qui permet à certains de se sentir injustement au-dessus des autres : « […] il y a des gens qui se croient supérieurs et qui se placent en haut alors que les autres sont placés en bas […]».

      _____________

      Visiter l’exposition J’aime Cheri Samba  présentée en 2004 à Paris par la Fondation Cartier.
      En français sous titré en allemand.

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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    • sur Je viens de ou bien je vais à Yaoundé ?

      Posted: 2 January 2023, 12:32pm CET by Françoise Bahoken

      [UPDATE] 3 juin 2023.
      L’ouvrage Villes enchantées coordonné par Raphaël PIERONI et Jean-François STASZAK a reçu le Prix du livre de géographie (étudiants, lycéens) 2023 !!! Un grand bravo !
      Suis fière d’y avoir un peu participé avec la chanson dont il était question dans ce billet.

       

      Dans ce court billet, comme dans le texte auquel il fait référence, s’il n’y a point de cartographies, ni de cartes et ni même d’images, il est tout de même questions de migrations. Ces migrations diffèrent cependant de celles que j’ai maintenant l’habitude d’examiner, car elles sont locales et concernent le cœur de l’Afrique noire. Elles sont aussi décrites par le recours à une chanson.

      Pour rédiger le texte Je vais à Yaoundé commentant la chanson éponyme, je suis donc sortie de ma zone de confort, pour mon plus grand plaisir tant l’exercice fut amusant et rafraichissant.

      Nous vous invitons donc à contribuer à Villes enchantées. L’idée est simple : il s’agit de choisir une chanson qui évoque plus ou moins directement une ville, un lieu ou un espace urbain, et d’écrire un court texte qui en fait le commentaire, d’un point de vue géographique ou urbanistique, mais qui peut être très subjectif. Il peut s’agit d’un lieu réel ou fictif, spécifique ou générique.

      En répondant favorablement et à chaud à ce message tambouriné de Raphaël Pieroni et Jean-François Staszak (Univ. de Genève) sur la liste des géographes francophones, je me suis retrouvée face au petit défi personnel d’écrire un texte sur une ville (ah bon ? ben oui) à partir d’une chanson (ah?!). Je fus immédiatement saisie d’une sorte de stress lié à un excessif engouement pour cette idée, qui m’avait pourtant plue d’emblée. Mais n’y avais-je pas répondu favorablement trop rapidement ?

      Quelle ville allais-je donc choisir d’évoquer ? Et ensuite quelle chanson ? C’est pas comme si j’écoutais de la musique tous les jours…

      Vu l’un des chefs d’orchestre que je ne connaissais que de nom, j’ai immédiatement pensé qu’il fallait que je choisisse une ville africaine. Dakar fut la première qui me vint à l’esprit, évoquée par l’artiste Youssou N’dour, dans From Village to Town – un album que j’aime beaucoup -. Si ce texte pouvait convenir dans un contexte d’écriture professionnel, je ne trouvais pas l’idée satisfaisante pour deux raisons principales. La première est que les travaux sur l’Afrique subsaharienne/noire portent quasi exclusivement sur la belle et majestueuse Afrique de l’ouest : le Sénégal, le Mali, le Niger (mais moins le Nigéria), la Mauritanie et ainsi de suite. L’Afrique centrale m’apparaît (depuis quelques temps déjà) comme le parent pauvre de ces travaux sans que je sache vraiment pourquoi (enfin, je peux le deviner, mais je n’en suis pas spécialiste). La seconde raison est que je me suis étrangement sentie comme obligée d’écrire quelque chose sur Yaoundé, alors que j’avais initialement pensé à Dakar, et que, maintenant, je pensais aussi à Lagos. Ce choix de Yaoundé m’a questionné. pourquoi Celui-là ? C’est bizarre comme je m’assigne ici, moi-même, toute seule, une obligation de choisir cette ville, dont je savais qu’elle me renverrait immédiatement à une identité d’appartenance quasi exclusive à cette sous-région d’Afrique noire, alors que ce n’est pas le cas. Est-ce que les autres auteurs et autrices de cet ouvrage allaient choisir leur ville à chanter/enchantée en fonction d’un sentiment d’appartenance ?  Pourquoi je fais cela ? Tout de suite, à l’heure ou j’écris ces lignes, je ne me sens même pas, ou même plus de Yaoundé d’où je suis partie il y à plus de trente ans, après y avoir vécut quelques treize années de ma vie. Bref.

      Ayant par ailleurs la conviction qu’il n’allait pas y avoir beaucoup de textes sur des villes africaines, j’ai donc réfléchi à une chanson sur Yaoundé. Laquelle choisir ? Comme cette chanson devait être “populaire” et qu’il fallait que je puisse écrire dessus, mon esprit s’est rapidement arrêté sur Je vais à Yaoundé de André-Marie Talla. Mais était-elle assez populaire pour le public européen occidental auquel l’ouvrage m’apparaissait se destiner ? Pour moi, en tous cas, elle l’était et c’est gaiment que je soumettais peu après l’appel, ma proposition de ville enchantée.

      La réponse ne se fit pas attendre.

      Les coordinateurs de l’ouvrage ayant accueilli favorablement mon idée, je me lançais dans la soirée qui suivi à l’écriture de ce court texte d’environ 700 mots, portant sur les mobilités des espaces ruraux vers les centres espaces urbains, dans le Cameroun des années 1975/1980.

      Extraits

      Lire la suite dans… Villes enchantées. Chansons et imaginaires urbains, pages 108-109.

      ou le manuscrit auteur déposé dans HAL

      Référence : Françoise Bahoken (2022), Je vais à Yaoundé, André-Marie Tala (1975), in : Raphaël Pieroni et Jean-François Staszak (coord.), Villes enchantées. Chansons et imaginaires urbains, Georg Editor, Seine-Bourg (Suisse), pp. 108-109. 

      Françoise Bahoken

      Géographe et cartographe, Chargée de recherches à l'IFSTTAR et membre-associée de l'UMR 8504 Géographie-Cités.

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